7 jours en Segway à Paris

par Eric Lecluyse | 30-08-2011
Mots-clés : Segway
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Un guidon, deux grosses roues parallèles et une plateforme qui vous grandit de 30 cm : sur un gyropode Segway, on ne passe pas inaperçu dans les rues de Paris. Récit de 7 jours de glisse urbaine haut perché.

© BienBeau.fr

Sur proposition du distributeur français des Segway, nous avons pu tester pendant 7 jours un gyropode, cet étrange véhicule électrique lancé il y a déjà 10 ans aux Etats-Unis (on peut en apercevoir à Paris autour des Invalides, où des touristes peuvent en louer pour quelques heures auprès de Mobilboard). Est-ce une alternative convaincante pour circuler dans Paris ? C’est ce qu’on a voulu savoir...

Indispensable initiation
Avant de se sentir à l’aise et sur un Segway, une initiation est indispensable. Au poignet, la montre-bracelet InfoKey commande le gyropode : une pression pour l’allumer, la machine répond par des bips sonores, on pose le pied sur la plateforme, on attend le feu vert, puis on se lance. Ça fait très 007 ou K2000, dans le genre high-tech vintage...

On nous apprend alors pendant une bonne heure à tourner sur place, à faire de beaux virages ou à reculer doucement tout simplement en basculant son centre de gravité. Il faut agir avec douceur, et surtout éviter les obstacles : accrocher une roue ou monter un trottoir de plus de quelques centimètres peut se traduire illico par une chute !

Premiers pas en ville, petit incident
Lâché dans la ville, il s’agit maintenant de veiller au moindre détail : où puis-je passer ? le trottoir n’est-il pas trop haut ? Attention aussi aux portes des magasins et des immeubles d’où les gens peuvent sortir sans prévenir… Même en mode tortue (9 km/h maximum, la vitesse d’un jogging au petit trot), ce n’est pas de tout repos.

Mais l’aventure est plutôt plaisante… jusqu’à l’incident : à la sortie d’un garage, de gros câbles sont posés sur le sol. Il vaut mieux descendre de la machine pour passer l’obstacle… Mais en descendant sur le côté de l’appareil au lieu de le faire par l’arrière comme il convient, voilà que le gyropode se cabre et avance d’un bond ; il est heureusement stoppé net, d’un coup de guidon. Résultat : un tibia éraflé à travers le pantalon, ça servira de leçon… Il faut aussi apprendre à bien poser le gyropode sur sa béquille lorsqu’on se gare devant une boutique ; l’équilibre n’est pas facile à trouver, mais ça finit par venir.

Plaisir de la glisse, cauchemar de la foule
Au fil des jours, prendre le Segway devient plus évident. La nuit, il dort dans le garage à vélos fermé, le jour il est monté au bureau pour sa recharge quotidienne (quelques heures en général, huit pour une recharge complète). Dans Paris, on circule désormais en mode « lièvre » : la machine est limitée à 20 km/h.

Théoriquement, puisqu’on est « assimilé piéton », on doit emprunter les trottoirs à faible allure, sans dépasser 6 km/h (on est tout de même toléré sur les pistes cyclables, mais on ne doit pas circuler sur la chaussée). En réalité, dès qu’il y a de la place, sur les terre-pleins par exemple, on peut glisser un peu plus vite et s’amuser (l’autonomie est de 40 km, c’est suffisant pour les petits déplacements). C’est une autre histoire dans les quartiers dotés de trottoirs minuscules et très fréquentés. Comme la rue de Provence le midi, au moment du déj’ : un cauchemar, perché sur la machine, au pas, au milieu des employés de bureau stressés qui râlent…

Une machine qui fait réagir
Dans la rue, les réactions fusent à votre passage. Petit florilège…

Délicat
Un vigile : « J’espère que ça marche au moins avec les gonzesses, parce sinon je ne vois pas l’intérêt ! »

Grognon
Une vieille dame impressionnée : « T’as pas fini de jouer avec ton truc ? »

Prophétique
Une jeune femme : « On va tous finir obèses avec ça. »

Enthousiaste
A Pigalle, un transexuel à sa copine : « Regaaaaaaarde, j’adoooooore ! »

Bon à savoir
Après 7 jours de prêt, on fait le point avec le distributeur du Segway en France sur les obstacles à la démocratisation du Segway.

SCNF OK, pas la RATP
On peut embarquer le Segway dans les trains de la SNCF. C’est une autre histoire avec la RATP : ce n’est pas officiellement autorisé, et il peut arriver qu’on se fasse interdire le passage vers les quais du métro même si l’utilisateur de Segway est « assimilé piéton » (mais c’est rare).

Le Segway est cher
Le gyropode coûte 7150 euros TTC sans options, et il faut compter environ 200 euros par an pour l’assurance (la recharge électrique est quant à elle de l’ordre de 25 centimes pour 100 km). C’est très cher, même à crédit (avec un apport de 1500 €, on peut régler 175 € par mois pendant 3 ans)…

Mais comme un Segway d’occasion se revendrait facilement et à bon prix (environ 5000 euros après trois ans), le distributeur français assure que c’est un meilleur investissement qu’un scooter électrique pour circuler en ville (quand bien même le Segway ne bénéficie pas de l’aide à l’achat de la Mairie de Paris, accordée aux scooters et vélos électriques). On peut aussi louer auprès de Mobilboard, installé comme le distributeur français aux Invalides (34, rue Fabert 75007 Paris).

Les particuliers sont rares à craquer... pour le moment
80% des clients sont des pros (logistique, police municipale, SNCF, forces de vente…), mais le distributeur souhaite toucher davantage la clientèle des particuliers. Dès cette fin d’année 2011. il lance une campagne incitant les clients potentiels à essayer le Segway gratuitement pendant 15 jours. Quelques personnalités sont déjà fans d’ailleurs, comme l’acteur Vincent Cassel ou le basketteur Boris Diaw.

Verdict du journaliste testeur :
L’expérience a été très amusante. Rouler en Segway exige un apprentissage et une attention élevée, mais ça devient rapidement un plaisir.

Reste que 7000 euros pour le gyropode, c’est trop cher, même si c’est une belle machine, même si ça se revend paraît-il très bien d’occasion... Du coup, on hésite à le garer dans la rue sans surveillance, malgré le système antivol sonore. Et puis, quelle galère dès que les trottoirs sont étroits ou au milieu de la foule. A Tours ou Orléans, ce doit être plus sympa au quotidien qu’à Paris !

Finalement, pour les petits trajets, je continue de préférer le Vélib’. S’il s’agit de traverser Paris, le Segway n’est pas non plus idéal : on n’avance pas aussi vite qu’à vélo ou à scooter électrique, puisque la chaussée est interdite et la vitesse bridée à 20 km/h. Et debout pendant trente minutes sur la plateforme, on finit par avoir des fourmis dans les jambes.

Toutefois, les personnes gênées pour marcher, faire du vélo ou manier un scooter (du fait de leur âge ou de problèmes de santé), mais dotées d’un bon sens de l’équilibre (et de quelques économies) trouveront là une alternative séduisante pour circuler en ville.

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