"Demain, des villes vivantes"

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Et si nous nous inspirions des performances de la nature pour construire des cités durables et plus (ou)vertes ? Voyage vers le futur avec l’architecte et peintre belge Luc Schuiten.

Luc Schuiten a passé des années à les rêver, à les dessiner, à les désirer. Ses villes biomimétiques du futur sont des mondes à part. Des éco-systèmes urbains s’inspirant des forêts primaires ou des massifs coralliens. Des cités vivantes ancrées dans la nature où le vivant est un matériau de construction. Il a même créé un adjectif pour les décrire. Elles sont, dit-il, « archiborescentes ».

Mais les mots savent-ils expliquer l’imaginaire ? Luc Schuiten veut transmettre. Voir, comprendre et faire comprendre, tout de suite. Il couche donc ses visions sur des toiles à l’aquarelle, des peintures grand format, des planches de BD futuristes co-écrites avec son frère. Son regard d’architecte, son œil d’artiste et sa fibre écologique ont poussé des villes comme Lyon, Bruxelles, Nantes, Sao Paulo et Shanghaï à lui demander de dessiner leur futur dans 100 ans.

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Luc Schuiten
Une ville lotus.

Ses oeuvres interrogent : vivra-t-on un jour sous cette feuille de lotus ? Elles transportent, aussi. Tranquillité des couleurs, profusion des vues… Les regarder, c’est voyager. On peut en admirer de près jusqu’au 28 février à Vélizy-Villacoublay (78), où se tient une série de conférences sur les villes biomimétiques.

Persuadé que la nature est porteuse de solutions, l’optimiste Schuiten, qui a construit dans les années 70 Orejona, une des premières maisons écolos d’Europe, a co-fondé en 2006 Biomimicry Europa. Cette association rassemble des scientifiques, ingénieurs, architectes et autres professionnels qui veulent promouvoir des modes de développement durables s’inspirant de la nature. Certains sont proches : on y trouve par exemple Karim Lapp, ingénieur spécialisé en écologie urbaine, responsable du Plan Climat de la Région Ile-de-France et ancien conseiller en développement durable et biodiversité à Paris.

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Luc Schuiten
Nantes en 2100

Alors, réalisables, ces habitats verts et inventifs ? Luc Schuiten croit que oui. Ses pistes pour avancer, en cinq mots-clés :

L’auto-suffisance
« Nous voyons bien que nos villes atteignent leurs limites. Mais vers quoi peuvent-elles évoluer ? J’ai imaginé une ville résiliente, qui prendrait sur place l’énergie dont elle a besoin, qui fournirait une bonne partie de sa nourriture. Aujourd’hui, nos villes ont trois ou quatre jours d’autonomie alimentaire ! Nous allons chercher à des milliers de kilomètres ce que l’on consomme. C’est totalement aberrant ! Dans les cités transformées que j’imagine, les grandes tours, les immeubles de bureaux abritent aussi des jardins potagers, des basse-cours et des poulaillers pour contribuer à nourrir leur population. »

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Luc Schuiten
Une ville résiliente.

Le coquillage
« Observez un coquillage : c’est un bio-béton extraordinaire ! On n’a jamais pu fabriquer un béton aussi beau et performant. Or un coquillage n’a pas besoin d’usine ou de hautes températures et ne fait pas de déchets. Il crée avec son seul organisme en prenant ce dont il a besoin dans son environnement. Et il utilise le CO2 dans l’atmosphère. Aujourd’hui, des spécialistes s’inspirent de ces facultés et tentent de les reproduire. J’essaie pour ma part d’intégrer ces savoir- faires dans mes dessins. »

L’arbre
« A quoi pourrait ressembler une ville « archiborescente » ? Elle serait formée de plusieurs écosystèmes emboîtés les uns aux autres comme un massif corallien. Elle pourrait se bâtir avec des structures qui poussent. Songez-y : les arbres sont une merveille ! Vous prenez une petite graine, vous la jetez par terre, vous revenez quelques dizaines d’années après et vous avez une forme géante qui s’est faite toute seule à partir de l’eau de pluie, du soleil et des nutriments qui se trouvent dans le sol. Tout en absorbant le Co2. On ne fera jamais mieux, alors pourquoi ne pas s’en servir ? Un arbre, c’est une colonne, mais c’est aussi une structure dont on peut guider la croissance – avec des tendeurs, des tuteurs, des greffes… On créerait ainsi des habitats, qu’on pourrait refermer avec une sorte de biotextile. »

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Luc Schuiten
Allée d’habitarbres.

Le cocon
« Je montre parfois des habitations créées sur des bâtiments existants qui sont intéressants mais perdent beaucoup d’énergie. On pourrait peut-être leur mettre une nouvelle enveloppe, qui capte l’énergie solaire, qui garde la chaleur et améliore la performance. Ce cocon serait spécifique au lieu, créé avec des matériaux existants sur place, pour bien garder la connexion avec le terroir. »

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Luc Schuiten
Un prototype de chenillard.

Le "cyclo"
« Aujourd’hui, les transports en commun sont de petites voitures qui s’emboîtent l’une dans l’autre et prennent leur courant dans un rail central. Avec des matériaux naturels, on pourrait créer une mobilité légère, donc moins dispendieuse en énergie, plus souple, plus polyvalente. Pourquoi pas des chenillards ? On a déjà des maquettes]. Dans mes dessins, je montre par exemple des cyclos, véhicules qui fonctionnent à l’énergie musculaire et électrique et qui permettent de faire du déplacement quelque chose de créatif (NDLR : Luc Schuiten en conduit un au quotidien). On aurait des villes avec des odeurs, où le bruit serait celui du vent dans les feuilles. »

Pas avare de bons mots, le Belge a même une maxime toute prête pour ses villes du futur : « Mieux vaut penser le changement que changer le pansement » (Francis Blanche).

(Crédit photo de une : A.C. Labrique)

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