Sandrine Morisson : « Notre ville manque de vie ! »

par Eric Lecluyse | 06-06-2012
Mots-clés : économie solidaire | La Loba
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Elle a créé La Loba, à Paris, un lieu ouvert à l’art et aux échanges, où l’on mange bio, où le public handicapé est bienvenu. Un lieu à nul autre pareil qui risque pourtant de fermer... En colère contre un système qui pénalise les femmes et les projets précurseurs, surtout s’ils touchent à la solidarité, Sandrine Morisson lance un appel contre l’uniformité et l’inhumanité ambiantes. Nous le publions sur BienBeau.fr.

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Sandrine Morisson
© DR

En 2010, Sandrine Morisson crée la Loba, dans le 20e à Paris, rue des Pyrénées. Dans ce salon de thé atypique où l’on peut manger et boire bio et équitable, elle expose des artistes et organise débats et concerts. Un endroit vraiment adapté aux personnes handicapées – ce qui est unique à Paris – où « entrer, s’asseoir, observer, entendre, donner, écouter, boire, recevoir, se nourrir, sourire, créer un lien », comme elle le résume. Mais La Loba pourrait fermer. L’activité est pourtant à l’équilibre, comme l’attestent les comptes de la société. Cela ne suffit pourtant pas à sa banque. Nous publions son témoignage en forme d’appel, qui, nous l’espérons, vous fera réagir.

« Au lancement, il y a deux ans, j’ai été orientée vers la Bred, censée correspondre à mon projet. J’ai obtenu rapidement un accord pour un prêt, oralement. Mais, à ma grande surprise, il a été refusé. On m’a alors fait comprendre que la partie autour du handicap n’était pas étrangère à cette décision. Finalement, après une entrevue avec un médiateur désagréablement paternaliste et une menace de grève de la faim pour faire bouger tout le monde, j’ai obtenu un prêt... de la moitié de ce que je demandais. Depuis le début, la relation avec ma banque est compliquée. Un projet solidaire, visiblement, ça fait peur.

Et voilà que cette année, après avoir présenté un résultat positif et malgré les 66 activités organisées en 2011 qui témoignent de notre dynamisme, on m’indique qu’il n’est plus question de m’accorder de découvert. Pour une création pure – La Loba a remplacé un magasin d’électronique – c’est pourtant encourageant...

Face à cette énième remise en cause de notre partenariat, je leur ai dit : "OK, je vends". J’en ai assez de me battre seule contre ce système. Ce n’est pas encore sûr, je vais peut-être trouver une solution... Mais pas question de mettre de l’argent personnel : c’est aux banques de faire leur travail.

Quoi qu’il arrive, je veux parler de cette situation, au nom des femmes, au nom de la bonne bouffe, au nom de la différence, au nom des petites entreprises, qui souffrent. Ce lieu n’est pas une foutaise.

Je viens de lire Le Chemin de l’espérance, de Stéphane Hessel et Edgar Morin. Ils y évoquent l’importance de ce qu’ils appellent des Maisons de la fraternité. Mais aujourd’hui, tout s’oppose à la création de tels refuges, puisque les banques ne financent que ce qu’elles connaissent.

Si vous lancez une boulangerie, une pizzeria ou un café, vous avez vos chances. Une licence 4 et du prêt-à-manger du grossiste Métro, ça leur va. Mais il ne faut surtout rien d’innovant, encore moins si le projet est porté par une femme seule – je ne voulais pas le croire au début, mais c’est malheureusement vrai. Dans leurs réseaux économiques et informatiques où l’on se contente de cocher des cases, l’humain n’a pas sa place. Le discours des banques est comme le monde qu’elles financent : aseptisé.

Voulons-nous de cette vie-là ? Comment l’homme peut-il trouver sa place dans cette société qui ne le prend pas en considération ?

Je veux me battre pour faire entendre ma voix dans ce système complètement inadapté. Et j’espère bien que nous serons de plus en plus nombreux à défendre une autre vision de la vie. Plus simple, plus vraie. Je pense aussi aux jeunes, qui rencontrent tant de difficultés à se faire une place. Je tiens à construire pour eux un autre paysage que celui qu’on nous propose. »

Vous souhaitez réagir ou soutenir Sandrine Morisson ? N’hésitez pas à le faire dans les commentaires de cet article ou sur sa page Facebook.

4 Messages de forum

  • Sandrine,

    Courage, ce que tu fais est absolumment nécessaire ! Tu peux peut etre te rapprocher des Cigales (clubs d’investisseurs solidaires) ou de La Nef. Si non, j’imagine que t’as essayé de changer de banque...

    Bon courage !

    Répondre à ce message

  • Je soutiens La Loba qui contribue à tisser des liens dans le quartier et qui fait un travail magnifique et ABSOLUMENT nécessaire dans un monde où nous avons tous besoin de CŒUR et de VIE VIVANTE ! De tout cœur avec toi et l’équipe de La Loba.
    Martine

    Répondre à ce message

  • Outre les Cigales et la NEF mentionnés dans le 1er commentaire, peut être pourriez vous vous rapprocher de Garrigue ou de PIE (Paris Initiatives Entreprise) qui a une section "économie sociale et solidaire) : ces structures de finance solidaire peuvent accorder des prêts (NEF et PIE) ou entrer au capital de votre société (Cigales et Garrigue)
    Quant au choix d’une banque pour votre compte courant pro, le Crédit coopératif pourrait être + réceptif à votre projet.

    Lorsqu’on a un projet innovant comme le votre, il faut souvent faire appel aux réseaux financiers parallèles/solidaires.

    bonne continuation !

    Répondre à ce message

  • Bonjour Sandrine,

    Ne baissez pas les bras, l’aventure est périlleuse mais faut vous battre pour faire ce que vous aimez. Je suis dans le même cas avec une boutique de déco sur internet (je vous laisse imaginer le parcours de demande de prêt) :) En autre idée, il y a aussi le financement participatif selon vos besoins.

    Tenez-nous au courant.
    Hélène

    Répondre à ce message

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