
- Sandrine Morisson
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En 2010, Sandrine Morisson crée la Loba, dans le 20e à Paris, rue des Pyrénées. Dans ce salon de thé atypique où l’on peut manger et boire bio et équitable, elle expose des artistes et organise débats et concerts. Un endroit vraiment adapté aux personnes handicapées – ce qui est unique à Paris – où « entrer, s’asseoir, observer, entendre, donner, écouter, boire, recevoir, se nourrir, sourire, créer un lien », comme elle le résume. Mais La Loba pourrait fermer. L’activité est pourtant à l’équilibre, comme l’attestent les comptes de la société. Cela ne suffit pourtant pas à sa banque. Nous publions son témoignage en forme d’appel, qui, nous l’espérons, vous fera réagir.
« Au lancement, il y a deux ans, j’ai été orientée vers la Bred, censée correspondre à mon projet. J’ai obtenu rapidement un accord pour un prêt, oralement. Mais, à ma grande surprise, il a été refusé. On m’a alors fait comprendre que la partie autour du handicap n’était pas étrangère à cette décision. Finalement, après une entrevue avec un médiateur désagréablement paternaliste et une menace de grève de la faim pour faire bouger tout le monde, j’ai obtenu un prêt... de la moitié de ce que je demandais. Depuis le début, la relation avec ma banque est compliquée. Un projet solidaire, visiblement, ça fait peur.
Et voilà que cette année, après avoir présenté un résultat positif et malgré les 66 activités organisées en 2011 qui témoignent de notre dynamisme, on m’indique qu’il n’est plus question de m’accorder de découvert. Pour une création pure – La Loba a remplacé un magasin d’électronique – c’est pourtant encourageant...
Face à cette énième remise en cause de notre partenariat, je leur ai dit : "OK, je vends". J’en ai assez de me battre seule contre ce système. Ce n’est pas encore sûr, je vais peut-être trouver une solution... Mais pas question de mettre de l’argent personnel : c’est aux banques de faire leur travail.
Quoi qu’il arrive, je veux parler de cette situation, au nom des femmes, au nom de la bonne bouffe, au nom de la différence, au nom des petites entreprises, qui souffrent. Ce lieu n’est pas une foutaise.
Je viens de lire Le Chemin de l’espérance, de Stéphane Hessel et Edgar Morin. Ils y évoquent l’importance de ce qu’ils appellent des Maisons de la fraternité. Mais aujourd’hui, tout s’oppose à la création de tels refuges, puisque les banques ne financent que ce qu’elles connaissent.
Si vous lancez une boulangerie, une pizzeria ou un café, vous avez vos chances. Une licence 4 et du prêt-à-manger du grossiste Métro, ça leur va. Mais il ne faut surtout rien d’innovant, encore moins si le projet est porté par une femme seule – je ne voulais pas le croire au début, mais c’est malheureusement vrai. Dans leurs réseaux économiques et informatiques où l’on se contente de cocher des cases, l’humain n’a pas sa place. Le discours des banques est comme le monde qu’elles financent : aseptisé.
Voulons-nous de cette vie-là ? Comment l’homme peut-il trouver sa place dans cette société qui ne le prend pas en considération ?
Je veux me battre pour faire entendre ma voix dans ce système complètement inadapté. Et j’espère bien que nous serons de plus en plus nombreux à défendre une autre vision de la vie. Plus simple, plus vraie. Je pense aussi aux jeunes, qui rencontrent tant de difficultés à se faire une place. Je tiens à construire pour eux un autre paysage que celui qu’on nous propose. »
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