Tour Eiffel végétale : n’exagérons rien !

par Matthieu Carlier | 14-12-2011
Mots-clés : Tour Eiffel
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L’entreprise de BTP Ginger travaillerait depuis un an sur un projet pharaonique : recouvrir la Tour Eiffel de végétation à l’horizon 2014. L’installation, qui aurait été testée en miniature, pourrait faire baisser la température dans la capitale. Si seulement c’était vrai...

« Une idée stalinienne », « une installation à l’image de son commanditaire : complètement mégalo », « un coup de pub monumental »… Parmi les employés du groupe Ginger, les avis divergent concernant le projet de végétalisation de la Tour Eiffel, récemment relayé par Le Figaro. Mais tous s’accordent sur une chose : Jean-Luc Schnoebelen, le PDG de l’entreprise de BTP, a la folie des grandeurs.

Car c’est bien un projet fou qui a germé dans la tête d’une bande d’ingénieurs en bâtiment. Imaginez donc : ces Léonard de Vinci des temps modernes prévoient d’ici 2014 d’habiller la Tour Eiffel d’une épaisse végétation, et ce, dixit Jean-Luc Schnoebelen, dans le but de faire de la Dame de fer « un symbole de l’action en faveur du développement durable ».

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Projet de Tour Eiffel végétalisée
© Ginger/DR

La Dame de fer habillée pour l’hiver
Les chiffres donnent le tournis : 600 000 plantes installées dans des sacs de jute et réparties tout autour de l’infrastructure ; 12 tonnes de tubes en caoutchouc déversant 0,24 litre par plant chaque semaine, soit 144 000 litres pour l’ensemble de l’installation ; un poids total de 378 tonnes (dont 138 tonnes de plantes et 100 tonnes d’eau)… Une démesure qui résume bien les ambitions des responsables de Ginger, qui déclarent à qui veut l’entendre que le chantier pourrait démarrer dès 2012. Un test aurait même été effectué sur une Tour Eiffel miniature, nous affirme-t-on au siège du groupe, rue Treilhard.

Pourtant de nombreuses zones d’ombre persistent. Contacté par téléphone, un salarié du groupe est plus prudent : « Je ne sais pas si les recherches ont été lancées il y a plus d’un an, comme le dit Jean-Luc Schnoebellen, mais c’est loin d’être abouti. Quant à la Tour Eiffel miniature, tout le monde le sait ici : c’est une fausse information. »

La Société d’exploitation de la Tour Eiffel, pourtant rarement réfractaire aux idées nouvelles, va dans le même sens : « Nous avons vaguement évoqué une idée de végétalisation avec Ginger, mais à ce jour rien n’est sur pied. Nous n’avons reçu aucun dossier technique. »

Mise au vert
Avec cette gigantesque installation, Jean-Luc Schnoebelen dit vouloir faire de la Tour Eiffel « un poumon vert de Paris ». Un poumon qui, selon lui, recréerait un microclimat en filtrant l’air et ferait baisser la température de 4°C sur un rayon de 1,5 km. Les chercheurs du CNRS que nous avons interrogés à ce sujet jugent ces estimations fantaisistes. Selon eux, c’est à l’échelle de toute une ville qu’il faudrait travailler pour que des installations végétales aient un réel impact, avec des toitures végétales par exemple.

Reste que même si les promesses sont exagérées, l’idée de végétaliser la Tour Eiffel est plutôt bien accueillie par les personnes que nous avons interrogées. Marie-Dominique, jeune retraitée, y voit « une formidable opportunité de redonner du tonus au 7e arrondissement ». Yannick, étudiant en lettres modernes, considère quant à lui que l’argent nécessaire à la mise en place du projet (80 millions d’euros, NDLR) pourrait être mieux investi, « par exemple pour loger les plus pauvres », même s’il admet qu’« un peu d’écologie ne fait de mal à personne ». Mais c’est encore mieux lorsqu’il s’agit de projets écologiques présentés sous leur vrai jour...

Article réalisé par un étudiant en journalisme de l’ISCPA avec la rédaction de BienBeau.

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